Bourse/Finance
Or : faut-il profiter de la correction pour entrer ?
Après des mois d’envolée, le métal jaune a perdu 28 % depuis son pic de janvier et l’once est repassée sous les 4 000 dollars. De quoi réveiller la tentation chez les épargnants. Mais acheter de l’or dans un creux relève moins du pari sur le cours que d’une question de méthode : quelle place lui donner dans un patrimoine, sous quelle forme et avec quelle fiscalité ?
Le scénario est presque toujours le même. Tant que l’or grimpe, personne ne veut le rater ; dès qu’il baisse, chacun se demande s’il faut se précipiter. Après une hausse spectaculaire, le métal précieux vient de corriger de 28 % par rapport à son sommet de janvier, ramenant l’once sous la barre symbolique des 4 000 dollars. Pour l’épargnant, la vraie question n’est pas de deviner si le cours rebondira la semaine prochaine. C’est de savoir quel rôle l’or peut jouer dans une stratégie patrimoniale, en fonction de son horizon de placement, de son besoin de sécurité et de sa tolérance au risque.
Premier réflexe à désamorcer : l’or ne se traite pas comme une action que l’on espère revendre avec une plus-value rapide. Historiquement, le métal jaune est une assurance, pas un moteur de performance. Il ne verse aucun revenu, son cours peut stagner des années, mais il a tendance à se comporter à contre-courant des marchés actions et à protéger le capital lors des chocs monétaires ou géopolitiques. C’est précisément ce qui justifie sa présence dans un portefeuille diversifié, et ce qui plaide pour une approche progressive plutôt que pour un achat dicté par l’émotion du moment. Laurent Schwartz, président du Comptoir National de l’Or, est de ceux qui rappellent régulièrement cette distinction entre réflexe spéculatif et logique de diversification.
Diversifier sans surpondérer
Combien d’or détenir ? Il n’existe pas de réponse unique, mais les conseillers en gestion de patrimoine évoquent généralement une fourchette modeste, de l’ordre de quelques pour cent à une dizaine de pour cent du patrimoine financier. L’idée n’est pas de miser sur le métal, mais de lui confier un rôle de coussin. Au-delà, le portefeuille devient dépendant d’un actif qui ne produit rien et dont la volatilité, on vient de le constater, peut être brutale. La correction actuelle illustre d’ailleurs le danger d’entrer en une seule fois au plus haut : étaler ses achats dans le temps lisse le prix de revient et évite de transformer une diversification en pari de timing.
L’autre piège consiste à acheter uniquement en réaction au cours, à la hausse comme à la baisse. Un repli de 28 % n’est ni un signal d’achat ni un signal de fuite en soi : tout dépend de l’horizon. Pour qui raisonne à dix ou quinze ans, le point d’entrée exact pèse peu ; pour qui espère un gain de court terme, l’or est rarement le bon véhicule. La correction récente n’a d’ailleurs rien d’exceptionnel : le métal a déjà connu, par le passé, des phases de repli marquées avant de retrouver son rôle de valeur refuge. L’enjeu, pour l’épargnant, est moins de prédire le bas de cycle que de définir au préalable la fonction qu’il assigne à cette ligne dans son patrimoine.
Physique ou papier, et à quelle fiscalité ?
Reste le choix du support, loin d’être anodin. L’or physique, sous forme de pièces, de lingotins ou de lingots, offre la détention en propre, mais suppose de gérer le stockage, l’assurance et la revente. L’or « papier », via des produits financiers adossés au métal, apporte la liquidité et la simplicité, au prix d’une détention indirecte. Pour un premier achat, mieux vaut privilégier des pièces ou lingotins reconnus, faciles à revendre, plutôt qu’un format trop spécifique. La question du stockage n’est pas neutre non plus : conserver de l’or chez soi expose au risque de vol et d’absence d’assurance adaptée, tandis que la location d’un coffre en banque ou le recours à un dépositaire professionnel ont un coût qu’il faut intégrer au calcul de rentabilité. La liquidité, enfin, varie selon le support : une pièce d’investissement courante se revend rapidement et partout, là où un lingot de grande taille suppose de trouver le bon acheteur au bon moment.
La fiscalité, enfin, mérite d’être anticipée dès l’achat. En France, l’or d’investissement est exonéré de TVA à l’acquisition. À la revente, deux régimes coexistent. Par défaut s’applique la taxe forfaitaire sur les métaux précieux, soit 11 % du prix de cession auxquels s’ajoute 0,5 % de CRDS, prélevés sans tenir compte d’une éventuelle plus-value. Sur option, et à condition de disposer d’une facture d’achat datée, le vendeur peut basculer sur le régime des plus-values, taxé à 36,2 % mais assorti d’un abattement de 5 % par année de détention au-delà de la deuxième, qui aboutit à une exonération totale au bout de vingt-deux ans. Conserver ses justificatifs n’est donc pas un détail : c’est ce qui transforme, à terme, une cession en gain net d’impôt. L’or récompense rarement les pressés ; il récompense ceux qui savent attendre.
